jeudi 14 juin 2007

47- Je l'ai été...

ACTEURS

SGANARELLE, mari de Martine.
MARTINE, femme de Sganarelle.
M. ROBERT, voisin de Sganarelle.
VALÈRE, domestique de Géronte.
LUCAS, mari de Jacqueline.
GÉRONTE, père de Lucinde.

JACQUELINE, nourrice chez Géronte, et femme de Lucas.
LUCINDE, fille de Géronte.
LÉANDRE, amant de Lucinde.
THIBAUT, père de Perrin.
PERRIN, fils de Thibaut, paysan.


Le médecin malgré lui-Molière





SCÈNE III

JACQUELINE, SGANARELLE, LUCAS(*).

SGANARELLE.- Voici la belle nourrice. Ah nourrice de mon cœur, je suis ravi de cette rencontre: et votre vue est la rhubarbe, la casse et le séné qui purgent toute la mélancolie de mon âme.

JACQUELINE.- Par ma figué, Monsieu le Médecin, ça est trop bian dit pour moi: et je n'entends rien à tout votte latin(*).

SGANARELLE.- Devenez malade, nourrice, je vous prie, devenez malade pour l'amour de moi. J'aurais toutes les joies du monde, de vous guérir.

JACQUELINE.- Je sis votte sarvante, j'aime bian mieux qu'an ne me guérisse pas(*).

SGANARELLE.- Que je vous plains, belle nourrice, d'avoir un mari jaloux et fâcheux comme celui que vous avez!

JACQUELINE.- Que velez-vous, Monsieu(*), c'est pour la pénitence de mes fautes: et là où la chèvre est liée, il faut bian qu'alle y broute.

SGANARELLE.- Comment, un rustre comme cela! un homme qui vous observe toujours, et ne veut pas que personne vous parle!

JACQUELINE.- Hélas! vous n'avez rien vu encore: et ce n'est qu'un petit échantillon de sa mauvaise humeur.

SGANARELLE.- Est-il possible, et qu'un homme ait l'âme assez basse, pour maltraiter une personne comme vous? Ah que j'en sais, belle nourrice, et qui ne sont pas loin d'ici, qui se tiendraient heureux de baiser, seulement, les petits bouts de vos petons. Pourquoi faut-il qu'une personne si bien faite, soit tombée en de telles mains: et qu'un franc animal, un brutal, un stupide, un sot...? Pardonnez-moi, nourrice, si je parle ainsi de votre mari.

JACQUELINE.- Eh, Monsieu, je sai bien(*) qu'il mérite tous ces noms-là.

SGANARELLE.- Oui, sans doute, nourrice, il les mérite: et il mériterait encore, que vous lui missiez quelque chose sur la tête, pour le punir des soupçons qu'il a.

JACQUELINE.- Il est bien vrai, que si je n'avais, devant les yeux, que son intérêt, il pourrait m'obliger à queuque étrange chose.

SGANARELLE.- Ma foi, vous ne feriez pas mal, de vous venger de lui, avec quelqu'un. C'est un homme, je vous le dis, qui mérite bien cela: et si j'étais assez heureux, belle nourrice, pour être choisi pour...


En cet endroit, tous deux apercevant Lucas qui était derrière eux,


et entendait leur dialogue, chacun se retire de son côté,


mais le médecin d'une manière fort plaisante.






46- Dangereuse

Votre sévérité augmente chaque jour, Madame, et, si j'ose le dire, vous semblez craindre moins d'être injuste que d'être indulgente.



Les liaisons dangereuses

mardi 12 juin 2007

45- Les mauvaises nouvelles

Après avoir fermé les volets de bois et éteint la lumière, ils entrèrent tous les deux dans la salle de bain à carreaux noirs et blancs.
Il ouvrit le robinet d'eau chaude de la vieille baignoire et laissa couler l'eau, tout doucement. Puis ils s'installèrent devant le miroir, silencieusement, selon le rituel.
Ils regardaient leur reflet, immobiles, l'un dans l'autre, l'autre dans l'un.
Quand il se dévêtirent pour se mettre nus, il lui dit que leur amour ne serait que du vent, qu'un moulin à vent, mais qu'il y'aurait peut-être une tempête, et qu'après la tempête tout serait comme avant.
Alors elle remplit ses joues d'air et lui souffla dessus, sur son corps tout entier. Le visage d'abord, puis jusqu'en bas, jusqu'à ses pieds. En se relevant, elle lui dit qu'elle voudrait que jamais le vent ne s'arrête de souffler. Et comme ça elle pourrait toujours se réfugier dans ses bras et qu'il la tiendrait fort pour qu'elle ne s'envole pas...
Qu'elle aimait bien la tempête.


Nicolas Sirkis-Les mauvaises nouvelles