L’Enfer, cabaret, 53 boulevard de Clichy.1898





Et le cabaret du Néant "où l'on vous apprend que vous allez mourrir"



"Le sommeil de la raison engendre des monstres"
L’Enfer, cabaret, 53 boulevard de Clichy.1898








J'écris ces lignes que Tu liras ensuite.
J'aurais moi-même aimé savoir ce qui me possédait, pourquoi je T'étais toujours fidèle. Je ne pouvais pas me mentir avec un petit ami alors que je ne pouvais penser qu'à Toi. Une fois que l'on trouve quelque chose qui correspond vraiment, il est impossible de se satisfaire de moins. Je ne T'idéalisais même pas, il y avait des choses en Toi qui ne me plaisaient pas particulièrement (cela me rassurait de constater cela) - au-delà de cela il restait un sentiment de proximité absolue, un sentiment de me composer de la même matière que Toi, une viscérale capacité de tout laisser tomber ce à quoi je pouvais m'identifier pour me rapprocher de Toi; et des choses que je ne comprends pas tout à fait, un désir d'abandon, dans lequel je me ressentais comme un bébé...
Tout cela ne voulait pas dire que j'exigeais de Toi une affaire qui n'aurait rien amené de bon à personne, à moi tout en dernier...
J'essayais peut-être un peu naÏvement de continuer quelque chose avec Toi qui me paraissait très différent, car j'avais éteint mon désir et développé vis-à-vis de Toi un enthousiasme platonique. Tu restais cependant mon préféré, mon j'aimerais-bien-meilleur ami, celui qui me donnait le plus de force. Je développai cette aptitude, aussi, pourquoi pas, justement de ne pas coucher avec Toi, car cela me paraissait la condition nécessaire pour Te donner une certaine liberté et aisance avec moi. Si fière de ce nouveau contrôle sur mes pensées, alors que je nous imaginais plutôt en de tendres et romantiques situations, et non plus dans les plus chaudes, je voulais encore boire des cappuccinos en Ta compagnie à des terrasses italiennes.
Ainsi j'étais à une terrasse espagnole et cela à Hambourg. Je venais de T'appeler mais Tu m'avais refusé tout rendez-vous en prétextant un manque de temps. J'étais frustrée. Ton ton rendait toute insistance simplement déplacée. Mais je T'avais souvent écrit des lettres, et cela me plaisait. Le fait lettre était quelque chose en soi; et ainsi je pouvais m'exprimer comme je l'entendais.
Il était parfaitement logique que la tenace passion qui m'animait n'était pas une évidence après cette longue période de séparation. Je pensais au début qu'après l'usuelle première période de chagrin je T'oublierais, je cherchais même déjà un nouvel ami - mais ça ne fonctionnait pas, et ça ne voulait pas fonctionner à cause de moi.
Je devais me rendre rapidement à l'évidence qu'il restait entre nous quelque chose d'inachevé, que celui que je voulais en vérité était Toi. Cela m'avait coûté du temps et de la peine de le voir, car Tu as aussi été dur envers moi et m'as clairement fait comprendre que tout était fini entre nous. Mais le seul chemin honnête qui me restait était de T'en parler.
Je ne voyais aucun autre chemin vers Toi, pour que Tu comprennes à quel point Tu m'étais important, que je pensais longtemps et beaucoup à Toi et que je voulais Te rencontrer à nouveau, bien que différemment, que ce qui me poussait vers Toi était autre chose que des sauts d'humeur. Au téléphone cela passait mal: c'était trop facile de comprendre autre chose, et impossible d'exprimer tout ce que j'avais ressenti durant cette dernière année; j'avais l'impression que Tu pensais que je ne voulais qu'aller dans Ton lit, que demain je n'y penserais plus et voudrais dans un autre lit. Je savais également que Tu étais toujours intensément actif au bureau et pas disponible pour des discussions profondes.
Alors je commençai une lettre pour Toi.
Darling,
je ne sais plus quand et comment c'est venu. J'étais loin de Toi, pensais à Toi, Te désirais. L'habitude est simple: allongée tranquillement sous une couverture, mes doigts effleurent mon clitoris, le film commence à un moment à se dérouler de lui-même et avec lui vient l'ivresse de l'amour solitaire.
Le film en est un sans début ni fin. Je T'appartiens. Au début Tu étais simplement brutal. Ensuite Tu devins cynique. Le film est toujours là. Je peux sentir Ton collier à mon cou dans la rue, et Ton ordre, je sais alors que toute résistance est vide de sens. Tu as tout le pouvoir sur moi.
Je veux raconter plus exactement.
Tu m'emprisonnes. Tu peux m'ordonner froidement dans Ton appartement : "Déshabille-Toi !" J'obéis, hypnotisée, ou résiste... La plupart du temps non... Alors Tu m'attrapes, tords mes bras, et Tu as déjà préparé... Des bracelets en cuir et métal qui immobilisent mes bras, des colliers et des bâillons qui plongent jusque dans ma gorge... Les bâillons sont si inconfortables que je ne peux plus me débattre, je dois rester calme...
Alors je sais: obéir — et survivre ! Je remarque tout de suite que toute rébellion, ne serait-ce qu'un regard, Te rend sauvage et furieux... C'est pour ainsi dire un signe pour que Tu me traites plus durement...
Ta tactique est simple et efficace. Plusieurs fois au début du dressage je suis punie, comme ça pour rien, juste pour que je sache ce qui pourrait m'arriver si je me conduis de manière indisciplinée... Les punitions sont dures, Tu m'attaches très inconfortablement, me fouettes, mets ces cruelles pinces à mes tétons, à mon sexe, glisses des bouts de bois en moi qui sont déjà au départ beaucoup trop gros... à un moment la douleur se transforme, je perds toute notion du temps, Ton contact devient extase. Tu me touches, me piques avec Ton couteau, me violes, prends ma bouche et ma gorge, et cela d'une façon à laquelle je ne peux en aucune manière échapper, je dois le supporter, que ce soit possible ou non. J'apprends tout de suite que Tes humeurs sont tout et mes besoins rien.
La douleur est intense, insupportable, mais à travers elle, que je sois consentante ou non, Tu m'amènes à des orgasmes d'une force comme je n'en ai jamais vécu ni même supposé être. Oui, puis Tu me libères, Tu me fais l'amour et c'est le bonheur absolu. Tu es tout, Tu es mon univers...
Les jours passent, puis les semaines... Un jour Tu m'expliques qu'il est temps que je devienne prostituée.
Tu m'as dressée à cela. A partir de maintenant des hommes viendront ici et mon devoir est de les satisfaire parfaitement, de les traiter d'une manière qu'ils ne pourront oublier. Ils payent jusqu'à 20 000 francs pour quelques heures, et ils doivent vouloir revenir... à ce prix il est évident qu'ils peuvent m'insulter et me battre, et me prendre de chaque manière qu'ils jugeront bonne. Je suis une courtisane de luxe soumise.
Là je proteste: je n'aime que Toi, je ne peux toucher aucun autre! Alors Tu m'attaches et me laisses suspendue sans me toucher ni même me parler. Tu dis seulement que je dois finalement me rendre utile, que Tu tiens à prendre l'argent de ma prostitution, et que je ne serai libre qu'une fois que je serai devenue raisonnable. Deux jours et une nuit. J'ai crié que je ne pouvais plus. Tu m'as bâillonnée sans un mot.
A un moment Tu m'as détachée, massé mes muscles engourdis et m'as parlé tout doucement... Tu as dit que je devais accepter cela, devais apprendre à satisfaire tous les hommes, et que Tu allais m'aider pour que cela se passe bien... Tu m'as tenue tout contre Toi et j'ai dormi très longtemps... Tu me laisses alors me promener librement pendant une journée, sans m'attacher. Tu fermes juste l'appartement à clé et emportes le téléphone. Je me repose, baigne, reste au lit et dors. Le soir Tu rentres. Tu es gentil et tendre, m'embrasses et me caresses partout. Déclares ensuite que Claude passe ce soir.
J'ai toujours bien aimé Claude et l'ai trouvé sexy. Tu me déshabilles, me pénètres, arrêtes - je suis si sauvage! C'est cette fois si tendre, si enjoué. Je Te laisse passer des bracelets à mes poignets, Tu le fais lentement, je respire si vite et gémis, je crie presque quand Tu plies mes bras dans mon dos et amènes mes mains presque à ma nuque. Tout mon buste est tendu en arrière et Tu embrasses mes seins. Les mords. Lentement Tu passes encore plus d'attaches autour de mon corps, jusqu'à ce que je ne puisse que rester assise sur mes talons, je T'ai dans ma bouche, Te suce et c'est l'extase, c'est tout aussi bon que lorsque Tu prends mon ventre.
On sonne.
Et Claude entre, me voit nue et attachée, c'est clair dès le premier regard - c'est une nuit d'amour!
Claude est calme, patient, il peut rester longtemps allongé contre moi avant de prendre mon derrière... Tu nous regardes de Ton fauteuil, puis me prends aussi, une fois mon ventre et une fois ma bouche...
C'était très beau, intense et extatique. Pour la première fois j'étais aimée de deux hommes, prisonnière et prostituée. Il y eut aussi d'autres situations... Le matin Tu m'avais attachée sur le tronc d'arbre, as bandé mes yeux et laissé ma bouche ouverte... Pendant la journée deux types sont entrés, je ne savais pas qui ils étaient... Ils ont d'abord fouetté mon derrière, puis un d'eux m'a prise, mon derrière était sec, ça faisait mal, et l'autre prenait ma gorge, ça a duré si longtemps... Ils m'ont prise comme une poupée, j'avais peur, je ne savais ni qui ils étaient ni ce qui pourrait m'arriver ensuite... Après qu'ils m'aient prise ainsi plusieurs fois, ils sont simplement partis... Je pleurais encore quand Tu es rentré...
Je m'adapte simplement à cela, c'est la seule possibilité, je T'appartiens et exécute exactement tout ce que Tu me dis.
Puis il y a ce château secret où le groupe à cinq têtes se retrouve quelquefois, quelquefois, quand il devient nécessaire de resserrer les liens, quand il est possible de trouver une femme pour cela... Maintenant je suis là, comme par hasard moi... Souvent dans cette chambre au lit à baldaquin, la nourriture est si exquise, les vins et le hasch aussi, et vous tous venez et me faites l'amour, tout le temps... Jour et nuit je suis caressée, embrassée, prise, quasiment sans interruption je vous sens en moi... Dans tous mes trous, sur toute ma peau... Parfois vous décidez que nous allons descendre aux caves. Oui, j'y suis habituée, souple, résistante, mais... Les caves sont très dures, sombres et froides, et ces instruments de torture antiques dans lesquels vous me placez... Presque toujours bâillonnée, à moins que l'un d'entre vous ne veuille m'entendre hurler à toute voix... à chaque fois dans les caves je pleure de douleur, souvent vous me portez au moment de partir... J'essaie alors d'être aussi active que possible au lit pour éviter que l'ennui n'amène une nouvelle session... qui arrive quand même...
A un moment du film je jouis. C'est toujours un instant intensément douleureux, où je dois tendre tous mes muscles pour garder une position vitale. Oui, c'est ainsi depuis plus d'une année, cette fantaisie est la seule chose que je connais du sexe à présent, je ne laisse personne me toucher, et sans le film je ne deviens pas excitée du tout... Je dois sentir comme Tu peux tout faire de moi, je dois être Ton jouet... J'aimerais aussi le vivre! J'aimerais que nous concevions ensemble les liens dans lesquels Tu me veux, J'aimerais les fabriquer ensuite de cuir, de bois et de métal, et venir à Toi à tout moment que Tu me commanderas... être disponible de suite à Ton ordre, jetée dehors quand Tu le jugeras bon... Je suis possédée de Toi et veux le rester, l'intensifier!
Ton esclave, Lilith.
hey god, there's nothing left for me to hide
I lost my ignorance, security and pride
I'm all alone in a world you must despise
hey god, I believed your promises, your promises and lies
Un corps qui devient une euvre d'art? Est-ce possible?



Chaque fois que je fais l'amour
je suis seule
couchée dans le lit
j'ouvre les jambes et perçois Ton appel
Tu es là
Je Te capture
et me capture en Toi
Tu es le plus fort dès le départ
Hold! Hold! fall not in swoon of the excellent kisses !
Breathe not so deep — die !
Retiens! Retiens! Ne T'évanouis pas des excellents baisers !
Respire m
oins profondément — meurs !
Le rêve
Mon Dieu, comme je t'aime!
je te sens soudain en moi et pleure à l'improviste
je t'aime plus que moi-même, ah!
je ne te connais plus
chaque cellule de mon corps se languit de ton contact
tu es tout tu es réalité
je t'aime j'appartiens à ce que tu es
car je suis ce que tu es plus que je suis ce que je suisje duplique ta vie dans la mienne
Une nuit qui dure
Encore un baiser, un dernier encore!
Je t'en prie, ne dormons pas!
Notre nuit s'achève si lentement- ce qu'elle nous paraîtra brève par la suite!
Nos existences diffèrent à un tel point
que jamais nous n'aurions dû nous rencontrer!
Fais que je ne pense, que je ne parle pas- pas de questions.
Jamais je ne t'oublierai
jamais je ne t'oublierai
Heureuse quand même aujourd'hui
j'aurais été aimée une nuit

