Après avoir fermé les volets de bois et éteint la lumière, ils entrèrent tous les deux dans la salle de bain à carreaux noirs et blancs.
Il ouvrit le robinet d'eau chaude de la vieille baignoire et laissa couler l'eau, tout doucement. Puis ils s'installèrent devant le miroir, silencieusement, selon le rituel.
Ils regardaient leur reflet, immobiles, l'un dans l'autre, l'autre dans l'un.
Quand il se dévêtirent pour se mettre nus, il lui dit que leur amour ne serait que du vent, qu'un moulin à vent, mais qu'il y'aurait peut-être une tempête, et qu'après la tempête tout serait comme avant.
Alors elle remplit ses joues d'air et lui souffla dessus, sur son corps tout entier. Le visage d'abord, puis jusqu'en bas, jusqu'à ses pieds. En se relevant, elle lui dit qu'elle voudrait que jamais le vent ne s'arrête de souffler. Et comme ça elle pourrait toujours se réfugier dans ses bras et qu'il la tiendrait fort pour qu'elle ne s'envole pas...
Qu'elle aimait bien la tempête.
Nicolas Sirkis-Les mauvaises nouvelles


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